Festival 7.8.9. : « Le Bocal »

de Bernadette Plagemime

Au Festival 7.8.9., un vaste choix de pièces de tous genres est proposé au public. Une pièce peu jouée de nos jours ayant connu son heure de gloire au cours des années soixante puisque sa vrai date de sortie remonte à 1960, se donne actuellement au Théâtre de Nesle. Cette reprise des « Poissons Rouges » d’un certain Jean Anouilh baigne tout autant dans le théâtre absurde typique de cette époque. La trame de l’histoire ne suit pas un parcourt habituelle et l’incongruité des situations fait d’elle une écriture typique du théâtre absurde. Certains préfèrent la dater de 1970 et la qualifier d’une pièce comique qui s’inscrit dans la farce et l’ironie. Quoi qu’il en soit les personnages de cette pièce sont haut en couleurs avec leurs caractères bien trempés et cela se vérifie dès le début du spectacle.

Même avant le début de la représentation, le public entre et découvre tous les personnages installés sur le plateau tenant des poses et portant des costumes qui rendent déjà visibles leurs traits de caractères. Cet ensemble de personnages donne en effet à voir sur scène un tableau vivant telle une photo de famille. Resserrés les uns contre les autres sur la scène de la Grande Salle du Théâtre de Nesle produit l’effet d’un bocal telle que cela se fait lors d’une photo de groupe. Cette image poursuit les personnages et leur comportement au cours de l’intrigue. Plus précisément l’effet d’enfermement ou plutôt de se retrouver dans un espace réduit tel un bocal se fait ressentir au niveau de la psychologie des personnages. La question du monde extérieur revient comme un refrain dans cette pièce en soulevant le thème du provincial et du cosmopolite. Bien entendu l’action prend place en diverses endroits mais cela a principalement lieu dans la maison de famille d’Antoine et Charlotte de Saint-Flour.

Dans une jolie cour provinciale au temps splendide, l’action commence par l’intermédiaire de la voix et de ce qui rappellent la province et ses maisons de famille. Lorsqu’un des membres manque on se place sur le perron et l’appelle par son prénom pour qu’il vienne rejoindre l’ensemble. Cela se passe en général autour d’une table, au coin de cheminé en hiver ou en été dans le jardin telle que l’action débute lors de la représentation de la pièce « Les poissons rouges ». Le prénom Antoine se fait entendre par presque tous les personnages sur scène. Ors, il se trouve déjà parmi eux caché sous les couvertures de sa chaise roulante qui serait celle d’une poussette d’enfant puisque le farceur se lève aussitôt après les nombreux appels à « Antoine ». Ces vocalismes sont fait d’une façon théâtrale qui œuvre à faire entendre les nuances possibles rien qu’en disant le même prénom sans jamais le dire de la même manière.

Il est sujet d’une action entrepris par lui-même qui a fait scandale parmi les membres de son entourage. A l’âge de dix ans environ, il s’est donné le droit de faire ce qui ne se fait pas pisser dans le bocal de poissons rouges par le simple envie de le faire. Ceci est le point de départ de l’histoire. A savoir que l’intrigue ne suit pas un ordre chronologique des événements. Des retours en arrière et en avant rendent parfois ce personnage perplexe perdu dans une temporalité qui suit une autre logique que celle du déroulement du temps.

Le personnage principale de la pièce a l’emploi du rôle et tout tourne autour de lui. Ce rôle ne nécessite pas un jeu spécifique autre que celui d’être lui-même. C’est en cela que consiste la pièce et qu’elle tient débout. Il est essentiel pour que cela marche de créer du contraste entre le personnage principal et les autres. Que son jeu soit dans un style minimaliste qui s’approche davantage au jeu d’acteur de cinéma tandis que les autres personnages jouent dans l’excès tel que cela se fait dans le théâtre de boulevard, donne l’impression du comportement d’une personne accomplie qui ne ressent pas le besoin de frimer ni de se montrer en provoquant des scandales telles le font toutes les femmes de la pièce.

Pour ainsi dire, c’est en cela qu’ils trouvent le moteur de leurs actions : envier sa force et son talent le propulsant à leurs yeux à un rang supérieure qui les rendent ordinaire face à ses dons artistiques et à sa qualité d’écriture. Il est évident que son succès en tant qu’auteur de théâtre rend jaloux son entourage. Ses voyages fréquents à Paris pour assister aux premières de ses pièces avec les soirées mondaines qui suivent fot que son entourage l’envie. Tout simplement le fait qu’il sait s’en sortir du bocal et d’y revenir aussi provoque leur jalousie.

L’on peut voir dans cette pièce ultime de l’auteur un discours à propos de certaines difficultés à vivre face aux autres lorsqu’un individu connaît le succès grâce à son travail et son talent. Cette situation produit une forme de pression donnant lieu à une sensation de confinement tel un bocal donnant une deuxième explication au titre : « Les Poissons Rouges ».

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s