Festival 7.8.9. : En quête d’identité et de liberté

de Bernadette Plagemime

Dans le cadre du Festival 7.8.9., qui se déroule du 5 au 30 septembre 2019 au Théâtre de Nesle, situé dans le quartier de Saint Germain, une soirée d’ouverture a été dédiée à l’ensemble des spectacles. Afin de plaire à tous les goûts, la programmation est riche en diversité allant du théâtre au mime en passant par le théâtre musical sans oublier le récital musical ainsi que l’improvisation. La cinquième édition du Festival 7.8.9., prend son élan avec le spectacle : « L’Affranchie ». Pour thème central, ce seul en scène explore la question de l’identité et de la liberté.

Retracer la vie d’une femme de 36 ans en remontant à son plus tendre enfance jusqu’au moment où tout va basculer, suite à un incident tragique, est le fil conducteur de ce spectacle. La mort de sa mère, vécue à l’âge de quatre ans, va transformer et conditionner la suite de sa vie. Le personnage Alice Albert sera sans cesse à la recherche de l’amour. Et, surtout de l’amour pour son fils qu’elle n’a pas pu élever elle-même. La mémoire assombrie et obscurcie ainsi que les souvenirs d’enfances entrent aussi en jeu.

La petite salle du Théâtre de Nesle, qui favorise l’intimité avec le public, est idéal pour ce style de mise en scène jouant sur la subtilité des regards et des gestes de l’interprète. Sur le plateau, le décor est épuré, réduit à l’essentiel afin de mettre l’accent sur le jeu d’acteur et la mise en espace de ce texte contemporain aux multiples registres. Avec seulement deux chaises réparties dans l’espace dont une en plein centre et l’autre en fond de scène, il suffit d’un tabouret en bois qui sert de table et d’une boîte en carton pour créer l’atmosphère d’un appartement dans lequel le personnage vient de s’y installer.

Quelques accessoires viennent agrémenter ce décor. Ces objets sont remplis de sens et deviennent les images du texte telle la photo de sa mère si souriante arborant une coiffure des années cinquante. Celle-ci prend la place centrale du plateau et de la pièce puisque tout tourne autour d’elle et de sa disparition. Dans cet espace tout neuf, Alice Albert parcourt les étapes de sa vie. Ce cheminement prend l’allure à la fois d’une réminiscence languissante et joyeuse puisque nombreux souvenirs sont également plaisants et pas seulement dramatiques. Ce parcourt initiatique donne l’occasion à cette orpheline de prendre un nouveau départ et faire le deuil de son passé. Un message semble se faire savoir afin d’avancer l’idée qu’il faut d’abord comprendre son passé pour construire un avenir. Ce nouveau départ dans la vie l’amène à raconter son parcourt plein d’imprévus.

Le choix de costumes correspond au rôle et apportent de l’aisance aux mouvements et gestes de la comédienne. Avec un jeans délavé, un t-shirt blanc de base mais très stylé, un sweat-shirt bleu marine avec fermeture éclair et capuchon puis des basquettes bleues claires bien souples et fines, la comédienne Pauline Moingeon Valls déploye son art et sa faculté de transformation. La simplicité vestimentaire se marie avec le décor dans cette recherche d’authenticité créant une atmosphère favorable à l’avènement des sentiments provenant du cœur. Bien entendu l’enfance s’inscrit dans cet univers où la spontanéité et l’innocence s’allient à une forme d’insouciance aveuglante. Cet état peut parfois conduire à une perte de liberté qu’il faut reconquérir. Plus exactement, c’est la quête de l’orpheline Alice Albert.

Allant de la narration au verbe poétique à un parler proche au quotidien, qui correspond au différents personnages, sans oublier la voix-off sauve et mystérieuse, le texte est ponctué par des épisodes musicales. En vue de renforcer l’émotion de la scène que cela soit en forme d’accompagnement des gestes et des déplacements de la comédienne ou soit pour plonger le spectateur dans le noir et le silence tel un moment sacré, cela suscite aussi une réflexion sur les événements passés et laisse le spectateur écouter les paroles de la chanson qui font échos à l’expérience vécue sur scène. Le paroxysme du spectacle est atteint lors de la chanson de duo Simon et Garfunkel « The Sounds of Silence » un des plus grands Hits de l’année 1966. Tout prend sens grâce à la force émotionnelle de la chanson en totale osmose avec la scène en question. La pièce se structure en trois actes ponctuée par l’Ave Maria de la Callas, du « Son du Silence » et d’une musique conçue pour la fin de cette seule en scène. Après ce Flashback Alice Albert, en passant par une étape à l’autre, rattrape le temps présent. En cette fin de spectacle, cette femme ayant connue un parcours difficile, s’affranchit de son passé pour retrouver enfin son fils : Nim.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s