A la Gare au Théâtre « Trois envers du monde » se manifestent !

de Bernadette Plagemime

A la Gare au Théâtre « Trois envers du monde » se manifestent à intérieure d’un spectacle qui unit trois pièces courtes et font parler trois femmes différentes. Avec trois textes qui se succèdent, trois comédiennes évoluent en interprétant différents rôles. A chaque fois, l’atmosphère est autre. Celle-ci ne ressemble pas au quotidien ordinaire mais s’inscrit dans une forme d’étrangeté. A vrai dire, il s’agit du quotidien des personnages qui se trouvent dans une situation inattendue qui n’est pas ordinaire pour le public.

Les trois pièces courtes où la parole a sa place mais pas seulement, le silence et le mime tiennent aussi une place prépondérante dans un style de théâtre où l’absurdité des situations poussent les comédiennes à explorer un jeu qui vise d’autres horizons que l’ordinaire. Au tout début, la comédienne ou les comédiennes qui se trouvent dans l’espace de jeu adoptent un jeu plutôt réaliste tandis que celles dans l’espace des coulisses qui entoure celui du jeu optent pour un style qui tend à la fois vers l’absurde et la poésie. Si le jeu tend parfois à un comportement proche au Actor’s Studio, l’absurdité se maintient dans l’incongruité des situations. En puissant dans le caractère de chaque personnage et de chaque situation, un jeu doit surgir à partir de cette étrangeté. Dans ce registre, le texte donne aussi du poids aux mots simples pour leur donner une autre résonance. Il se complète par la gestuelle et les mouvements des comédiennes.

De la première pièce courte, l’action se passe à Vitry à une époque durant laquelle les wagons et les rails occupaient toujours une place cruciale en ce beau lieu pleine d’histoire et de histoires qu’est la Gare au Théâtre. Chassée de son logement, une S.D.F. trouve son chemin en ce lieu : cette « Fabrique d’objets artistiques de tout genre » que fut également un musée honorant une héroïne de la résistance qui a sauvé tant de vies. Un wagon libre devient son nouveau lieu d’habitation. Ce qu’elle apprécie est le fait que cela se trouve à l’écart et que l’espace environnant soit fréquentée par des cheminots ainsi que des artistes.

La présence des cheminots fait qu’elle aura accès à des journaux pour s’informer des événements d’actualités. Rien qu’en pensant à cela elle crie : « Le Kurdistan Libre » ! Puis elle se dit que dans l’espace de ce wagon, elle aura sa tranquillité pour lire et peut-être écrire ainsi qu’écouter sa musique. Incessamment sous peu, ce quotidien qu’elle souhaite instaurer sera bousculé par la visite d’une jeune collégienne qui s’est fait violenté par son beau-père. Réticente au départ, elle finit par offrir son aide et accepte de l’accueillir pour un week-end avant de l’amener le lundi aux services sociaux. Toutefois elle la fait savoir comment elle envisage son wagon telle une île déserte en l’appelant « Vendredi ». Finalement le wagon devient un lieu symbolique de transition en évoquant le vie à bord d’une caravane. Bien entendu cette situation sort de l’ordinaire.

Des mots et des phrases sont lancées dont le poids du sens reste à interpréter comme des indices d’un passé écoulé mais toujours aussi présent. Lorsque la S.D.F. entre dans le wagon est-ce que celui-ci lui rappelle la vie de ses ancêtres en lançant cette phrase proche à un slogan politique d’un titre de journal : « Vive le Kurdistan Libre » ?  Évoque-t-elle sa vie de nomade et de sans domicile fixe ? A partir de l’atmosphère de sa « caravane », elle surveille l’horizon regardant à travers une fenêtre imaginaire rendue visible grâce aux deux comédiennes restées en coulisses. Pour matérialiser celle-ci, elles tiennent un cadre auprès de l’endroit où se situe la porte. En regardant à travers, elle voit un arc-en-ciel qui apparaît soudainement. Quel est le signe derrière cette manifestation d’ordre céleste ?

Se trouvant encore seule, une chanson vient bercer ses mouvements. Le refrain sonne ainsi « Mademoiselle, you make me feel TINY ! » Cette voix d’homme fait-elle référence à une déesse apparue au moment de l’arc-en-ciel ?  Le même chanson évoque aussi le mot « bimbo » qui fait référence au mot « Bikini ». La S.D.F. donne le vrai sens de ce mot: une île déserte du pacifique. Dans ce lieu isolé, des testes d’essais nucléaires avait  lieu qui seraient censé provoquer une déflagration aussi puissante que celle provoquée par une bimbo en bikini. Lorsque l’arc-en-ciel provoque la venue de la déesse Vénus sur les flots des vagues en  brume, cela produit l’effet d’une émotion à la fois forte et troublante. Le monde se transforme le temps de cette apparition exceptionnelle. Terre et ciel se confondent. C’est alors que son wagon devenu caravane devient à son tour une datcha de la Sibérie. Celle-ci évoque la chaleur et l’amour de ce lieu d’habitation.

En référence à la ville même où se situe ce wagon à la Gare au Théâtre, elle fait un jeu de mot que la collégienne ainsi que le public doivent trouver le sens à lui donner. Vitry devient Vitriol. Chaque lettre comme chacune de la S.N.C.F. a une signification . V.I.T.R.I.O.L. prend son sens du latin que la comédienne traduit et condense en « pierre cachée ». Parmi tous les pavés de la Gare au Théâtre s’agit-il de trouver la pierre cachée. En d’autres termes le sens caché des « Trois envers du monde », présenté par la compagnie Aujourd’hui Demain et Esprits Bariolés, est qu’un moment qui ressemble à rien peut devenir extraordinaire.

Lors de deuxième pièce, l’atmosphère se joue autour d’un intérieur très soigné et ordonné. Une sorte de bonne, adoptant un style stricte venue d’un autre temps, s’occupe à dresser une table. Deux assiettes à l’ancienne sont placées à chaque extrême de la table. Deux enfants entrent en scène interprétés par les deux autres comédiennes. Chacun s’installe à chaque bout de la table. Ils mangent par petit bouts le pain au chocolat de leur goûter. Celui-ci se passe à une heure plus tardive que d’habitude. Cette situation bien entendu provoque un événement peu probable. Sans même avoir le temps de finir, effrayés ils se cachent sous la table. Ernest le petit garçon croit avoir entendu le tigre de Birmanie dans les parages. Est-ce une astuce pour se retrouver plus proche de Céleste, la petite fille ?

Sous cette table, une forme d’intimité se crée entre Ernest et Céleste. Tout le contraire de l’espace qui les séparent lorsqu’ils se trouvent assis à chaque extrême de la table.  Cette proximité et la peur les conduisent à s’approcher encore davantage jusqu’à se frotter les nez comme deux eskimos. Ne s’ayant jamais retrouver aussi proche est précédé par un jeu auquel ils s’amusent à jouer. Pour déterminer les distances entre différents lieux, ils nomment les latitudes de différents points sur terre donnant une vision globale de la planète. Ainsi ils font entrer le macrocosme dans cet espace de jeu qui se trouve sous la table. Ce voyage imaginaire est appel à l’aventure en terre d’Amazonie ainsi qu’à l’autre extrême en terre des Samis.

Ce texte qui joue sur les points extrêmes va réduire la distance en allant vers la proximité la plus proche. Ce contexte spatial est une source d’inspiration dans laquelle les deux comédiennes puisent leur jeu dont l’une incarne Ernest et l’autre Céleste. Le point de départ qui placent les deux comédiennes à deux extrêmes est graduellement réinstaurer par le biais du jeu des latitudes.  Ainsi ils retrouvent leur place auprès de leur pain au chocolat à peine entamé de ce goûter tardif.

Cette trilogie se termine avec une troisième pièce où l’absurdité atteint son comble. En contraste avec les deux précédentes, celle-ci se passe en milieu rurale chez un berger d’envergure nommé Mage. Il vit sur la hauteur d’un tertre avec ses moutons dont deux brebis en particulier mènent l’intriguent. Il s’agit de Cyrus et de Téran qui finissent par s’égarer. Le moment phare de cette troisième partie est de l’ordre de la pantomime. Avec Mage assis triomphalement sur son siège tel un trône, il reste au milieu de la scène quasiment dans une posture statique tandis que les deux comédiennes qui incarnent Cyrus et Téran y tournent autour en imitant une démarche typique de deux moutons qui se promènent à travers les champs. En somme, le spectacle »Trois envers du monde » invite le public à voyager à travers trois univers très différents. Il est question de survie, vue sous un angle autre à chaque fois, suite à une situation inattendue

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