Le « Bon grain » pousse-t-il à la Gare au Théâtre ?

de Bernadette Plagemime

La Gare au Théâtre a l’avantage durant le festival « Nous n’irons pas à Avignon » d’être un lieu où le plein air fait autant parti de cet espace que les salles de théâtre. Même une salle en particulier donne sur sa cour où poussent nombreux arbres et fleurs telles les lilas sauvages. En début de soirée à l’heure du spectacle, le soleil vient inonder l’espace de jeu et celui du public. Que ce spectacle de théâtre et de conte, présenté par la compagnie « Nori », se trouve à la fois en milieu naturel et théâtral est en effet un avantage surtout lorsqu’il s’agit du spectacle « Le bon grain ».

LE BON GRAIN-THEATRE NORI©Naguib-Michel Sidhom

L’action se passe sur une île régentée par une Reine fervente adepte de la production « Bio ». Elle cultive elle-même son potager avec l’aide de ses ministres chargés de ramasser les légumes de son jardin. Même le Roi ramasse quelques pommes de terre et les placent dans son beau panier bien large fait de paille tressée afin de rester dans cette perspective « Bio ». En tant que grande consommatrice de légumes, elle défend autant que possible sa production Bio. Au cours de ce début de spectacle pleine de poésie, elle prend soin de son potager afin de le rendre florissant. Elle s’agace lorsque ses ministres ne les cueillent pas dès qu’elles leur demandent, craignant que ses légumes devenus mûrs finissent par pourrir. Effectivement les légumes du potager de la Reine sont considérés comme des objets sacrés tant sa majesté leurs donne de l’importance. De ce fait, ils sont sa préoccupation principale.

Ce contexte donne à l’actrice, qui incarne la Reine et tient le rôle principale, l’occasion de se servir de ce thème autour des légumes pour instaurer tout un jeu scénique parfois ludique et même poétique qui met en avant ce qui la tient à cœur. De cette manière, le publique est imprégné de ce monde végétal. Même quelques éléments du décor y contribuent tel l‘arrosoir vert en forme de courge dont elle se sert pour arroser les rangées si droites de ses pousses. Puis côté fond de cour, un panneau s’y trouve sur lequel figure environ six peintures d’enfants qui représentent des légumes. Celles-ci sont peintes avec de la gouache sur des feuilles noires où les couleurs vives prennent la forme de légumes.

Rien que par son costume aux couleurs verdoyantes stylé à partir de la silhouette de l’infante d’Espagne, sans oublier sa couronne aux couleurs vertes et dorées, elle se met en osmose avec cet environnement. Ce phénomène atteint son paroxysme lorsqu’en partie finale du spectacle elle revêtit sa coiffe symbolisant un poireau lui donnant l’allure d’une cheftaine d’une île du pacifique. Avec ce poireau sur la tête, elle se dresse en guerrière.

Ce conte qui défend les valeurs du « Bio » et se focalise sur ce sujet au début de la pièce se transforme peu à peu dans un genre de théâtre politique. Par conséquent son attention se focalise avant tout sur son potager un sorte de jardin d’Éden que sur les affaires d’état. Ce qui la rend isolée malgré ses ministres qui la tient informer. Une île disparue sous l’eau ne fait que provoquer un sentiment de désordre. Le royaume ne pouvant plus nourrir tous ses habitants, suite à l’arrêt de toute industrie, des révoltes s’organisent menées par des individus cagoulés soit en bleu, rose ou jaune. Le potager de la Reine un sorte de paradis sur terre se perd suite à la chute du régime et d’une haute trahison. La morale de l’histoire est qu’il faut savoir reconnaître « Le bon grain ».

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