Envol à la Gare au Théâtre à partir du « Tarmacadam »

de Bernadette Plagemime

Sans quitter Vitry au festival « Nous n’irons pas à Avignon », à la Gare au Théâtre tout devient possible ! Les spectateurs devenus passagers s’envolent pour d’autres contrées sans quitter leurs sièges. Sans crainte, ceci n’ a rien avoir avec les « diabolos aux fraises » ni les cornets de glaces servis à la guinguette et consumés juste avant la représentation. Pour prendre son élan, il n’est pas question de rails ni de chemins de fer mais de « Tarmacadam ». Ainsi la Gare au Théâtre devient le temps d’un spectacle un aéroport pour un débarquement immédiat.

Tarm 25©DanielPerez

Le spectacle intitulé « Tarmacadam » est en effet un récit en forme de conte raconté par Boubou, une petite fille âgée de huit ans. Pour embarquer le public dans son univers, elle prend son appuie sur cette surface réservée aux zones de décollage et d’atterrissage des avions. C’est ainsi que démarre le spectacle « Tarmacadam » avec une explication quasi-encyclopédique de ce terme dont l’usage courant fait de lui un diminutif : « Tarmac ». A partir de cet « adresse » au public, l’on ressent chez cet enfant une conscience éveillée qui de par sa curiosité, capte le monde qui l’entoure et enregistre cérébralement les données de ses expériences. Puis elle en fait part soit par un échange de paroles soit de manière créative. Le récit représente la mémoire d’un vécu précis et se structure de cette façon. « Tarmacadam » est sous-tendu par une action qui sort de l’ordinaire. Quitter son pays d’enfance pour s’envoler vers un autre continent prend la forme d’une aventure liée à la découverte de l’étranger. Ce qui amène, en s’adaptant à son nouveau pays de résidence, à la découverte de soi. En somme, ce spectacle de théâtre, conte, mime, chant et danse qu’est « Tarmacadam » dont la comédienne interprète tous les rôles en modifiant son comportement et sa voix.prend la forme d’un parcours initiatique.

Non loin de Virty en traversant non les rails mais la rivière se trouve donc une ville voisine de l’autre côté de la Seine qui n’est autre que Choisy-le-Roi. Boubou y vivait et s’y rendait à l’école ainsi qu’à ses séances de gymnastique. Celles-ci l’ont conduites jusqu’à remporter le trophée de meilleur gymnaste du Val de Marne considéré comme un exploit vue son jeune âge. Bref, « boubou » tout comme « Tarmac » est un diminutif. De quel mot provient-il ? Il se peut que dans une ville telle Choisy-le-Roi : Boubou vient de Bourbon et de la lignée royale. Son père, que l’on devine diplomate est parti en mission en Guinée avec un mois d’avance. Il a trouvé une grande et belle maison avec chauffeur inclus.

Le voyage à bord de l’avion pour rejoindre son père se fait sur sa valise pourpre. Cet accessoire d’une portée symbolique dans ce contexte de voyage est d’un style qui date du tout début des années soixante-dix. Cela se remarque par ses roues et son poignée sur le côté. Ce qui renvoie à une époque où voler d’un continent à l’autre n’était pas encore aussi accessible que de nos jours. Ce privilège, elle le partage avec sa mère dont la conversation aborde quelques sujets dont les classements de pays basés sur des statistiques à partir de trois questions. La France se positionne à la vingt-deuxième place. Pour illustrer l’atterrissage ; la comédienne-conteuse seul en scène de la compagnie d’« En face » se transforme en hôtesse de l’air et fait une annonce qui souligne les contrastes avec son pays d’origine. « Mesdames et messieurs bienvenus à l’aéroport de Conakry. La température locale est de 68° dégrées ! Bon séjour et revenez vite sur Air Guinée ».

La jeune fille après avoir somnolé durant ce trajet d’environ six heures s’étonne en se réveillant de voir tout les passagers ayant tous changés d’habiles. En ce 28 décembre, plus de manteaux, plus de pulls, plus d’écharpes… que des larges vêtements, bien légers et colorés. Une fois dans l’aéroport, cela pousse de tous les côtés avant de se frayer un chemin parmi la foule et retrouver son père et sa nouvelle demeure. Il est même question de garde du corps dans une époque qui connaît coup d’états sur coups états. Selon les dires de sa mère même les gardes du corps ont besoin de gardes du corps ( surtout après les événements de novembre 1970 et l’opération « Mer Verte». Voici l’atmosphère dans laquelle elle se trouve Boubou la Bourbon. De ce fait son chauffeur Moïse tient un rôle important dans sa nouvelle vie et bien sûr dans ce spectacle qu’est « Tarmacadam ». Ce personnage au fur et à mesure que l’intrigue avance deviendra son confident qui la mène d’aventure en aventure pour ce parcours initiatique.

Lorsque le public entre dans la grande salle de la Gare au Théâtre, il découvre donc sur le plateau de très nombreux valises de toutes tailles et de toutes couleurs ainsi qu’une malle bleue marine. Celle-ci soutient les autres valises placées dessus et autour pour former une installation qui rend hommage au Voyage. Au centre vers l’avant scène, se trouve la valise pourpre et sur le coté cour un grand livre ouvert et placé ainsi sur le plateau. Cet accessoire est en fait un atlas qui sert à la scène entre Boubou et sa grande-mère, restée en France. L’atlas leur permette de retrouver la situation exacte de Guinée avant que Boubou s’embarque pour cette expédition en Afrique équatoriale. Le « Tarmacadam » devient donc son terrain d’appui pour cette aventure à la Gare au Théâtre.

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