« A-t-on tous un « Double » ? »

de Rosebud Kennedy

A Chantilly au Potager des Princes, le festival : « La scène au jardin » touche à sa fin en ce weekend du 22 et 23 septembre. Au programme, une œuvre magistrale de la littérature russe. Rien d’étonnant que la Russie vienne clore le festival si l’on tient compte de l’histoire de ce site plein de charme. De son vrai nom, le parc de la Faisanderie tel qu’on le connait de nos jours, a été conçu par Gretl. La petite fille qui ne pouvait pas grandir du film « Mélodies du bonheur ». Outre ce parc, elle accueillait le public dans son musée dont le nom n’est pas sans résonance. Dans la fameuse rue d’Aumale, nommée ainsi en hommage à ses aïeux, se trouve un manoir portant le nom : « l’Ermitage » ! Non seulement cette Princesse, dauphine de France, est du plus haut sang royal appartenant à la lignée des Bourbons mais aussi à la dynastie des Romanov.

Pour cette raison, elle porte également le titre : Impératrice de Russie. S’il fallait annoncer tous ses titres, cela prendrait environ une quinzaine d’heures. Sans compter toutes ses récompenses attribuées à elle pour son immense contribution à l’humanité et ses accomplissements ainsi que ses Prix Nobels toutes catégories confondues, même si on lui les vole systématiquement. Ce qui explique l’existence de ce Musée de l’Ermitage qui relate son histoire de survivante des camps d’Auschwitz ainsi que salvatrice de tant de personnes puis ses œuvres et ses exploits réalisés dans tant de domaines. La petite fille que ne pouvait pas grandir tenait aussi une école de danse dans la pure tradition du ballet Russe avec rigueur, discipline et excellence !

Gretl, respecté de tous tout au long du siècle dernier et jusqu’en 2016, se trouve actuellement en tant qu’adulte malmenée par un groupuscule de personnes envieux, connues pour leurs actions sataniques. De cette nouvelle ère, l’on tente de la faire tomber dans l’oubli afin d’usurper sa place, son rang et son prestigieux parcours. Quelle coïncidence puisqu’il s’agit du thème principale du spectacle d’après le roman de Fiodor Dostoïevski : Le Double.

En réalité présenter au Théâtre de la Faisanderie l’adaptation théâtrale du roman Le Double n’est pas une première telle veut le faire croire, ceux qui fréquente ce lieu : le Klan Kennedy. Ainsi est le cas de la personne physique qui utilise un des nombreux noms de scène et de plume de Grelt : Virginie Bienaimé. Ce qui est strictement interdit : l’usurpation d’identité même si cela touche à la thématique d l’œuvre en question. Hors, la  pièce a été déjà jouée à de très nombreuses reprises dans ce même théâtre par la VRAIE Virginie Bienaimé, qui n’est autre que Gretl. Dans ce cas précis, il n’est pas question d’éponyme mais usurpation !

Effectivement la version présentée pour ce dernier weekend du festival par l’actuel collectif : Voix des plumes, n’est pas une création mais une usurpation de bien, en matière de décors, d’accessoires et de costumes, et, de concepts en matière de texte et de mise en scène. Ce qui n’est pas rien vue l’efficacité et la qualité de cet ensemble d’éléments destinés à la scène. En outre l’adaptation théâtrale demande un travail énorme surtout lorsque l’œuvre en question est d’environ quatre cent pages. Réduire une telle quantité de texte en la rendant théâtrale pour un spectacle d’une durée d’une heure trente est un travail épineux, exigeant d’opérer de nombreux choix et d’apporter une inventivité dramatique à ce qui ne l’est, en principe, pas au départ.

Donner à ce récit narratif de la théâtralité en le structurant en monologues et en dialogues pour injecter en celui-ci le parfum de la scène et de l’action dramatique est le but de cette version. Sans le moindre doute ce procédé fonctionne. Condenser toute l’action, qui se déroule à Pétersbourg, la rend efficace et poignante, laissant aucun temps mort. Effectivement l’intrigue progresse à une vitesse impressionnante après le prologue. En enchainant des événements surprenants l’action évolue vers d’autres étapes. Les retournements de situation sont déployés avec ruse et savoir-faire dont la construction fait preuve d’efficience.

En revanche, cette version remonte à bien longtemps : jouée sur les planches de nombreux théâtre parisiens avant d’atterrir sur la scène au jardin du Théâtre de la Faisanderie. Celle-ci a même été jouée par Gretl et sa troupe en Russie, en Finlande, en Lituanie, au Danemark avant d’arriver en France. Appréciée par la cour de la Russie Impériale, pour sa leçon en matière de moralité qui stimule la réflexion, le rôle phare du Double a été incarné à de nombreuses reprises par le Tsarévitch en mettant en avant non seulement la poésie du texte mais aussi le jeu de comédien ! D’ailleurs le décor vert clair allait avec ses yeux ainsi qu’avec le Théâtre de la Faisanderie de la même tonalité !

Le monologue d’ouverture est un moment d’un pur régal. Arriver à condenser ce long passage d’exposition pour lequel le premier paragraphe recouvre environ quatre pages est un exploit en soi. Puis réduire un ensemble de pages en une tirade qui fait ressortir l’essentiel des éléments textuels et descriptifs, donne une puissance émotionnelle et un lyrisme poétique à ce début de spectacle en forme de prologue, qu’est en quelque sorte un poème. L’efficacité de cette scène se fait ressentir à travers ce que le personnage Iakov Pétrovitch Goliadkine, relève et révèle de lui-même, de sa personnalité et de ses intentions. L’heure du thé matinal servit de sa théière si Russe : révèle par ses manières ses origines nobles. Visiblement, il en est fier.

Pour reprendre ses dires, après sept années de sacrifice, subsistant seulement pour son travail de façon assidue, disciplinée et dévouée, sans le moindre écart, il décide en se réveillant en ce matin d’automne de vivre autrement.

Le discours d’entrée prend également une tournure philosophique en abordant l’univers du rêve qui se confond parfois à celle de la réalité. Ressentir les frontières entre les deux lui semble cruciale afin de maintenir un certain équilibre. Toutefois un sentiment que tout peut basculer est déjà présent en ce début de scène. Cependant il est décidé de laisser le rêve entrer dans la réalité en vue d’apporter à son monde une autre dimension, qui peu à peu s’approche d’une atmosphère fantastique. Ce qui s’avère être le cas lorsque son double se fait entendre à travers la fenêtre avant de se laisser voir lors d’une nuit obscure.

Au premier abord ; est–ce un sentiment d’effroi qui survient en se trouvant face à face à ce qui semble être son « Double » ? Ce fonctionnaire, voulant prendre un nouveau départ dans la vie de tous les jours, s’autorise quelques excentricités telles le font les aristocrates. Venu au bureau du ministère, dont une certaine austérité est de rigueur se fait ressentir, il se présente vêtu d’une sorte d’uniforme élégant associer à des bottes bien luisantes, aux pompons bleus bébé ! Cette extravagance ressort par rapport à sa discrétion habituelle. Ce contraste vestimentaire qui sert à montrer sa volonté de vivre autrement, se fait remarquer et le rend sympathique aux yeux de ses collègues. Son côté bouffon qui sort de l’ordinaire fait que le conseiller titulaire se voit convier à l’anniversaire organisé par le Ministre lui-même, en honneur de sa fille Klara. Surpris, il se sent gêné par cette invitation si inattendue. Par manque d’habitude, il décline en inventant comme excuse que son chambellan Pétrouchka est souffrant et qu’il doit rester à ses côtés.

Le soir même se retrouvant seul chez lui, il regrette d’avoir refusé cette invitation. Pris par un élan de générosité, il décide d’offrir un cadeau précieux dont la symbolique n’est pas sans profondeur pour un Russe. Avec l’élégance d’un aristocrate, il choisit un beau trésor en porcelaine qui dépeint un oiseau bleu signe de royauté. Pensant faire plaisir à Klara, il se rend à la demeure privée du Ministre et frappe à la porte pour se voir rejeter aussitôt. Resté sur le seuil, il est bien déçu d voir sa bienveillance repoussée. Se retrouvant sur le bord de la Neva, il finit par rejeter son trésor qui le tenait tant à cœur (Dans les coulisses, c’est Pétrouchka qui le rattrape.)  Suite à ce rejet social, toute une série d’événements vont se produire d’ordre fantastique laissant place à son mystérieux « double » sans scrupules de plus en plus présent sur scène.

Son audace et son sans gêne le fait avancer professionnellement et socialement. Ce double va jusqu’à prendre sa position de conseiller titulaire au Ministère suite à une série de manigances. IL réussit même à faire chavirer le cœur de Klara. Ces talents de comédien et de séducteur font qu’il manipule, qu’il trahit et qu’il trompe aisément grâce à la confiance qu’il a en lui et sa manière à jouer sur l’émotion.

Dans le domaine du jeu scénique, quelques moments ressortent de l’ensemble par leur ingéniosité ! Par exemple, celui d’une voix qui s’entend au-delà des murs comme celle de l’inconscience qui remonte à la surface. Puis le double qui survient dans l’espace scénique comme s’il sortait à la fois du mur et du personnage principal. Le voir apparaître derrière une vitre telle un miroir…Les gestes identiques qui se succèdent suivant le même parcourt en se tenant face à face reproduit l’effet d’un miroir sans que le miroir soit présent. Il est rendu visible à travers le jeu gestuel des deux comédiens, à partir d’une chorégraphie d’une grande précision, qui bat la même mesure et traverse le même parcours spatial.

Par cette pantomime minutieuse exécuté comme au son chronométré, l’illusion d’un miroir, qui reprend les mêmes mouvements crée un sentiment d’étrangeté. Dans cette mise en scène du geste, le summum est atteint lorsque tous les deux se trouvent face à face, assis à chaque extrême de la table leur servant de bureau au Ministère. D’un geste machinal, ils mettent en unisson un tampon sur un document officiel. Le geste est exécuté de manière répétitive selon en rythme allant en crescendo. Puis, ils augmentent le geste en lui donnant de l’ampleur et en le rendant stylisé comme s’il s’agissait d’un match. L’intensité de leur geste prenant de plus en plus d’ampleur et de volume sonore, fait ressortir l’esprit de combat lors de ce duel entre le Faux et le VRAI !

La pièce se conclut avec une mise en scène qui convient à ce lui. Voir le personnage principal Iakov Pétrovitch Goliadkine quitter la scène pour rejoindre cette nature si florissante et arpenter le chemin qui longue l’étang et le conduit à la guinguette est celui d’un égarement suite à un bouleversement frappant la vie. Lors de cette déambulation, sa contenance est d’une humeur nostalgique puis nonchalant. Ses pas sont ceux d’un homme qui erre vers de nouvelles aventures pour commencer une nouvelle vie !

En cette fin de festival « La scène au jardin » au Théâtre de la Faisanderie se dirige aussi vers de nouveaux horizons, moins théâtraux et plus lyriques, en laissant place à partir de la dernière semaine de septembre à l’enchantement de la Voix avec un récital de ténor de prévu !

Durant la représentation, le public a eu droit à des traversées sur l’étang d’un ensemble de signes et de canards se suivant tranquillement dans la joie les uns après les autres telle un défilé, leur donnant l’occasion de participer à ce spectacle qui vient clôturer le festival : « La scène au jardin ». Donneront-ils de la voix au prochain rendez-vous du Potager des Princes !?!

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