Pour un « Rien » nous irons à Vitry

de Bernadette Plagemime

En ce début d’été pour le premier weekend de juillet le festival : « Nous n’irons pas à Avignon » a pris sa marche avec un spectacle minimaliste : « Rien ». Pourtant l’édition 2018 présente un programme copieux allant du jeune public au tout public. Les styles sont aussi variés que les sujets abordés pour offrir aux spectateurs un vaste choix qui s’étend sur trois semaines environ. Le festival: « Nous n’irons pas à Avignon » mais à Vitry se déroule du 4 au 22 juillet dans une ancienne gare entourée de verdure et d’un espace réservé aux transats. Sans oublier sa buvette et sa crêperie dans ce cadre convivial propice aux discussions et aux débats autour des spectacles vus à la Gare au Théâtre.

thumbnail.jpg affiche

Une exposition en pleine aire suivent les anciennes rails de chemin de fer. Posées sur des panneaux, les affiches deviennent des fenêtres donnant à voir le paysage des éditions passés. Le style rappelle parfois celui des années quarante ou cinquante. D’autre affiches d’un style des années soixante ou soixante-dix révèlent un côté psychédélique. D’ailleurs l’affiche de l’édition 2018 est dédiée à sa date d’ouverture du 4 juillet : date qui se célèbre de l’autre côté de l’Atlantique d’où la nécessité des transatlantique pour la traversée théâtrale à la Gare au Théâtre.

Dans cet esprit de liberté sur un fond rouge, quatre pinups aux coiffures années quarante roulent sur un vélo à quatre places. Pour la vingtième édition, ce « barber-shop quartet » au féminin brandit chacune un « feu volant » ainsi assumant le rôle d’artificier. A la Gare au Théâtre, le temps est festif. L’on peut profiter des transatlantiques avant d’embarquer dans un voyage sensoriel à travers l’ensemble des spectacles. Au programme s’affichent six spectacles allant du théâtre aux marionnettes à la danse contemporaine et au théâtre musical. Ce qui comprend «  Rien », « Que deviennent les ballons lâchés dans le ciel ? », « Celle qui voulait devenir une seconde fois ce qu’elle avait été », « J’habite une blessure sacré », « Et, après ? » et « Res/persona » !

Pour ce programme bien chargé la journée commence par « Rien ». Le message transmis par ce choix de titre est celui de montrer comment un monde se construit à partir de rien pour ensuite se déconstruire tel un jeu entre l’espace vide et celui d’objets.  Ces derniers en forme de blocs finissent par occuper l’espace scénique de diverses manières en se transformant sans cesse et en variant ses structures architecturales. C’est en cela que réside tout l’intérêt  de ce spectacle jeune public qui se présente tel un jeu.

Toutefois la symbolique des formes dépasse parfois l’entendement tant celles-ci sont chargées d’une expérience qui entre aussi en contant avec les forces cosmiques d’un monde en constante évolution. Ce monde est avant tout d’une blancheur rappellent la banquise du cercle arctique. Dans ce monde tout de blanc jouant avec le clair/obscur de l’espace scénique et de l’éclairage, le spectacle « Rien » repose sur un théâtre objet, constitué de blocs, d’une marionnette et d’un mini-avion. C’est l’accessoire qui termine le spectacle en reprenant le vol du début d’une figure humaine qui se dévoile seulement une fois sur la banquise.

Evoluant dans cet univers dépouillé, ces derniers sont manipulés par deux marionnettistes de la compagnie l’Atelier de Songe. Une manière de désigner cette troupe qui aurait pu être aussi celle du spectacle en question ! En effet l’univers de « Rien » est celui du rêve, tirant sa force de l’impact visuelle produite. La construction d’images trouve sa place sur l’espace de jeu qui n’est pas seulement un long et large panneau blanc placé telle une table opératoire plongée dans la lumière mais aussi l’espace vide qui l’entoure et le surplomb. Les voies aériennes de cet espace trouvent leur place pour ce début et fin d spectacle.

« Que deviennent les ballons lâchés dans le ciel ? » est un spectacle pop-up jeune public présenté par la Compagnie d’objet direct. La magie de la scène se ressent dès le début du spectacle. Des livres d’une taille bien au-delà de la normale sont repartis sur le plateau. Posés et ouvert, ils sont placés en sorte que la couverture soit bien visible. Celle-ci porte le titre du conte illustré : « Que devient… », « …le ballon envolé dans le ciel », …le seau égaré sur la plage », « …la perle engloutie par le lavabo ? » et «  …mon doudou oublié à l’école ! » Ainsi le spectacle se présente avec une structure en plusieurs actes où le motif principal est de retrouver un objet perdu.

La conteuse choisie le livre et tourne les pages face au public. En racontant les histoires, elle module sa voix selon les personnages et les situations. Parfois il s’agit même d’animaux surtout lorsque l’action se passe dans zoo. Cela se fait au même temps qu’elle manipule les marionnettes en cartons ainsi que les objets cachés à l’intérieur du livre. Chaque livre  est un voyage à travers un monde dans lequel un objet se perd. Ceci devient la quête qui fait avancer l’action ainsi que les pages qui tournent. L’inventivité et ses trouvailles scéniques font que petits et grands ne s’ennuie jamais. Tout en étant ancrée dans une réalité le spectacle évolue vers un monde du merveilleux où tout devient possible.

La Compagnie Pareil Jamais amène le public dans des zones du grand froid. En revanche, l’action débute au moment du dégèle dans une région reculée du Groenland. Le spectacle « Celle qui voulait devenir une seconde fois ce qu’elle avait été », donne l’occasion au public de découvrir une légende inuit. : construite autour de l’esprit animal du renard en contact avec celui de l’humain. Rare sont les occasions pour plonger dans cet univers. Une manière de découvrir une façon de vivre conditionnée par cet environnement polaire et de la chasse essentiel pour la survie. Cette rencontre entre l’homme et le renard et le personnage Maqo est une occasion pour découvrir le mode de vie de chacun.

Le moment phare du spectacle est fort original par le choix du sujet et par de la manière de le représenter.  Il s’agit de la reprise d’une tradition inuit. Ce rituel communautaire se base sur un jeu, qui s’appelle l’échange. Au moment du dégèle, le paysage nordique enneigé fond pour laisser place à la végétation en cette saison printanière. Toutefois le décor en forme de glaciers reste en arrière plan durant tout le spectacle pour ne jamais oublier l’esprit du grand froid. Dans ce jeu d’échange chacun apporte un objet que l’on présente en donnant aussi la raison pour laquelle on l’a choisi, en le laissant sur la table. Avant de revenir transformé en un autre personnage qui apporte aussi un objet de son choix sans oublier de repartir avec un objet laissé sur la table. Ce rituel est l’occasion de présenter toute une série de personnages aux caractères bien trempés. Par le contraste entre chacun, une forte théâtralité en ressort. Ce qui donne aux comédiens l’opportunité de révéler leur talent  pour construire de personnages de composition. Afin que ce moment phare fonctionne, ce moment d’échange se fait en crescendo avec brio ! L’humour de la scène n’est pas à négliger.

La soirée débute avec de la danse contemporaine. La compagnie Boukousou présente un solo intitulé : « J’habite une blessure sacrée ». Rien que le titre dit long sur le sujet de la chorégraphie. Cette thématique est rendue visible de manière efficace à travers une gestuelle et des mouvements en osmose avec cette « blessure sacrée ». Dans un esthétisme épuré, la danse évolue vers une quête de soi et se transforme en un épanouissement à la recherche de la liberté. Plusieurs panneaux capteur d’images prenant l’allure d’œuvres abstraites où la couleur joue un rôle essentiel avant de laisser apparaître la silhouette du danseur. L’image finale         est celle d’un danseur lors d’un rituel rassemblant une communauté tel l’exorcisme d’un mal qui se libère. La musique d’accompagnement renforce l’émotion des pas pour cette chorégraphie : « J’habite une blessure sacrée ».

La soirée se termine avec deux spectacles dont l’un est musical et l’autre théâtrale. Ceux-ci reposent sur un esprit révolutionnaire et sur la force des mots. D’un registre plus intellectuel que les spectacles précédents le texte est tout aussi puissant que poétique. Le timbre de voix joue un rôle essentiel pour produire l’effet voulu. Le texte joue sur la répétition du refrain ; « Déjà mort ». Un esprit et un style qui rappelle le spectacle de l’an passé joué dans la Cave à la Gare au Théâtre : « Les paroles de cendres » ! Avec un récitant et deux instrumentistes, le livret « Et, après ! » de la Compagnie de la Gare s’ouvre comme un accordéon pour retrouver une gestuelle qui s’accorde à celle des musiciens.

Les deux spectacles puissent leur énergie dans une montée en puissance. Cela produit une intensité dramatique qui ne fait que s’augmenter à force de répétition du refrain soit « Déjà mort » pour le premier ou « Je me métamorphose » pour le second ! Ce spectacle intitulé « Res/Persona » présenté par la compagnie Major se termine de manière festive, en invitant le public à danser sur scène. Celle-ci est recouverte de papiers blancs à l’écriture aux feutres rouges. Les mots choisis ont l’impact de slogans. Un seul mot inscrit sur une feuille suffit pour produire cet effet.  Ces feuilles éparpillées qui recouvrent la scène ont l’effet de confetti lorsqu’elles sont jetées en l’aire tel un acte révolutionnaire. « Nous n’irons pas à Avignon » se vie telle une fête théâtrale aux styles si divers que tout le monde trouve chausseur à son pied à la Gare au Théâtre en ce temps si estival !

 

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