L’esprit d’un Saint souffle sur sa Source originelle

de Bernadette Plagemime

Au Théâtre de la Faisanderie, « François d’Assise » retrouve son entourage idyllique : volatiles, nature et public du festival : « A la scène au jardin » qui se déroule actuellement à Chantilly jusqu’au 23 septembre. Tel un Prince errant, le comédien Robert Bouvier entre en scène, pour ce rôle transcendant habité par « l’Esprit saint », en prolongeant celle-ci au-delà de sa structure en bois couleur vert-clair. En ce début de parcours, un chemin aux bords des rives de l’étang l’amène de la guinguette à l’espace sacré, là où l’attend, impatiemment, le public.

Ce cadre si célébré au cours des années cinquante, soixante et soixante-dix, grâce à Gretl, connue de tous, non seulement pour la petite fille qui ne pouvait pas grandir mais surtout pour son rôle portant le même nom ainsi que la réalisation du film culte : « Mélodies du Bonheur » attirant enfants et adultes du monde entier, grâce à son succès planétaire. En outre la version musicale se jouait au Théâtre de la Faisanderie à cette même époque. Dans la version intégrale du film, des séquences ont été tournées dans le Parc de la Faisanderie réputé particulièrement pour sa « basse-cour à l’ancienne » et son « lapindrôme ». Sans oublier ses faisans d’une élégance aussi admirable que majestueuse. Dans le Parc de la Faisanderie, connu aussi sous l’appellation du Potager des Princes, le faisan au plumage vert émeraude et bleu de saphir convient si bien à ce lieu de  nature  et de culture, fréquenté par la plus haute royauté.

D’ailleurs en ce début de spectacle, le plus beau des faisans est le premier arrivé sur scène, venu attendre et retrouver son ami « François d’Assise ». Le comédien parcourt le chemin qui mène à la scène dans un état pensif dont la lenteur rappelle celle de la méditation et du questionnement philosophique et poétique. Vêtu de son capuchon, il n’est pas loin de ressembler à un mendiant ou à un frère fondateur pour lequel la pauvreté ne fait que l’approcher de Dieu et d’apprécier encore davantage ses créatures et  sa création.

Face à un tel état de béatitude, il est à croire que « l’Esprit saint » a soufflé sur ce magnifique faisan que le comédien contemple avec fascination et tendresse. Puis son regard et ses gestes envers celui-ci deviennent un hymne à la nature, à l’amour et à la PAIX ! Grâce à un jeu d’acteur exceptionnel ce moment est inoubliable !!! L’on pourrait voir en cela un temps de grâce comme si toute la pièce pouvait se condenser en cet instant magique !

Effectivement le spectacle « François d’Assise », une adaptation théâtrale du livre de Joseph Delteil, se joue seul sur scène avec la complicité de la nature. Celle-ci s’admire grâce à l’architecture du Théâtre de la Faisanderie dont le fond de scène s’ouvre sur l’étang et le paysage fleurit aux arbustes sculptés. L’on aperçoit aussi le verger non loin des vignes et du « Lapindrôme » longeant  l’Allée des Poètes ! La participation des volatiles se fait parfois de manière impromptue allouant toute la poésie de ce lieu.

Sans en abuser excessivement, la mise en scène et le jeu théâtrale exploitent cet atout naturel, ce qui convient si bien à l’esprit de cette pièce. Lorsqu’il arrive en scène, il est vrai que le personnage de François d’Assise à tout d’un poète. Ce voyage poétique, pourtant ancrée autant dans la terre que dans la réalité des choses, se vit tel un parcourt initiatique qui part au-delà du palpable et de l’évident. A travers ses mots et ses actions, il s’approprie et façonne les infinis facettes des créatures et créations de son Dieu pour en poser un regard nouveau. Sous une telle perspective est-ce que la banalité devient beauté tel sait le faire le regard d’un poète-mendiant-mineur sous le charme de la nature ? Le spectacle « François d’Assise » d’une durée d’une heure et vingt-cinq minutes est présenté au public  afin de l’amener à se transcender et de voir de plus près la vision que cet homme « de chair et de sang » se fait du monde et de son rapport non seulement à la nature mais aussi à l’humain, à la femme qu’est Claire et à Dieu.

En dehors de ce cadre verdoyant et animalier, quelques accessoires et éléments du décor contribuent à mettre en relief des passages du texte. Pour le monologue numéro deux, qui se rattache à l’esprit mercantile en parlant du métier de ses parents : des drapiers, il suffit de quelques sacs en plastiques aux couleurs vives et aux rayures contrastées pour produire l’effet d’une quantité insurmontable. En les jetant en l’air et en les laissant retomber tout doucement en flottant, de temps à autres durant le parcourt, cela rappelle des draps ondulants dans un horizon céleste. Ce moment haut en couleur ressort face à l’austérité du reste de la scène. En revanche, des passages d’un lyrisme fou ont l’envergure d’une série d’envolées poétiques donnant l’impression de l’apparition momentanée d’un arc-en-ciel.

Un autre décor crée la surprise ! Une muraille de pierres grises évoque les édifices au temps de François d’Assise en ce 12ème siècle du Moyen Age italien dans le duché de Spolète.  Même si  l’adaptation se veut moderne, cet élément renvoie à la symbolique ancestrale de la pierre, fixe et alignée, qui traverse le temps en contraste avec l’éphémère du temps saisonnier. La surprise se crée non lorsque le comédien arpente la muraille dans toute sa longueur sans perdre l’équilibre mais au moment qu’un trucage fait remonter du blé dont la symbolique est toute aussi fort. Il s’agit d’une image plongeant le spectateur dans cet univers d’une foi qui « fusionne » grâce à la nature … Puis une image mentale surgit, celle d’un champ de blé inondé par la luminosité du soleil italien éblouissant le regard  en vue de voir encore plus loin, plus profondément en soi et autour de soi. Dans ce cas précis, le rayonnement sphérique de l’appréhension humaine, va au-delà de ses limites du monde moderne pour dépasser la muraille invisible qui se dresse de manière imperceptible autour de soi et rend le regard flou. Est-ce la condition vitale pour recevoir le monde extérieur ? Ce phénomène devient une partie de soi en se laissant imprégner par l’univers environnant ainsi que cosmique ?

Dans la mise en scène et le jeu d’acteur, certains passages, qui reprennent une iconographie christique, sont exigeants en la matière de l’esthétique et de l’exécution physique des mouvements préétablis par une chorégraphie scénique soigneusement élaborée. Celle-ci laisse aussi une part à l’interprétation, qui s’inspire de l’instant présent vécu sur scène au moment de cette immersion dans le rôle par le biais de l’incarnation du personnage et son rapport au texte et au public. Parfois cette gestuelle et prise d’attitude ressemble aux stations de la Passion du Christ. Une configuration d’attitudes précises risquant le corps parfois dans un déséquilibre qui pourrait le faire basculer d’un côté à l’autre, scène ou jardin. En se tenant sur un socle fait de briques grises en béton armé ou sur la balustrade du fond de scène, en s’appuyant sur le pilier qui semble se transformer en croix, le corps se met à l’épreuve et en danger. Avec cette visée d’aller au-delà de soi-même pour se dépasser et découvrir un autre royaume : le texte prend des allures d’un voyage mystique.

Après une telle illumination d’ordre transcendante, François d’Assise esquisse quelques pas comme s’il se trouvait dans sa chapelle pour répandre la lumière. L’image finale d’un immense cierge, tout en longueur et en largueur, rétablit la ligne verticale d’une ascension. Lorsque la flamme s’éteint, elle est exaltée par l’âme qui monte et survole au-dessus ce havre de paix, d’harmonie et d’amour qu’est cette scène et ce jardin du Parc de la Faisanderie !

 

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