Couplets d’Amour à la Gare au Théâtre

de Bernadette Plagemime

Lors du Festival « Nous n’irons pas à Avignon », quasiment tous les thèmes et tous les styles passent sur les rails et les feux de la rampe à la Gare au Théâtre. Sur place dans cette ancienne gare, à Vitry, aux couleurs chaudes : du jaune et du rouge (anciennes couleurs de la S.N.C.F.), le transport et l’ardeur théâtrale s’installent tant l’artistique est au rendez-vous.  Durant la troisième et dernière semaine de cette fête théâtrale, la passion s’exprime à travers deux spectacles dont le thème est le couple. L’un explore l’homme et la femme à travers le tango stylisé et modernisé tandis que l’autre examine la relation amoureuse par la voie des mots et des  gestes.

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L’un s’appelle « Triptico » avec la Compagnie Tres Esquinas et l’autre « Chutes (s) » avec le collectif la Fièvre. Un nom fort approprié puisque la fièvre de l’amour se ressent à travers l’interprétation de la chorégraphie ainsi que de la pièce de théâtre. Grâce à la qualité artistique des danseurs et des comédiens, cette fièvre se transmet à toute la salle. En ce temps estival, le public ressort emplit de cette même ardeur. Effectivement, à la Gare au théâtre tout n’est qu’une histoire d’amour !

D’une durée courte, « Triptico » et « Chutes (s) » sont découpés en séquences brèves et parfois plus longues. Au fur et à mesure que la trame du spectacle évolue, l’humeur varie et forge la fougue des corps en matière volcanique et langoureuse. La musique qui les accompagne est d’une force émotionnelle qui accentue l’expressivité des gestes. Dans les deux spectacles, il est question bien entendu d’amour, et, de gestes qui l’expriment. Pour l’un, des pas dansés sont  investis de sensualité et pour l’autre, des mots dotés de lyrisme.

Face au romantisme de « Chute(s) », la chorégraphie « Triptico », d’un ton plus froid et d’un son plus  plus métallique, s’éloigne de l’idée que l’on se fait habituellement de l’amour. Les mécanismes du corps se font voir en articulant le rythme du déploiement de l’intensité musculaire pour souligner le parcours spatial d’un mouvement. Ainsi le rendant aussi lisible qu’une partition en accentuant la musicalité du phrasé musculaire et articulatoire.  Ce qui fait apparaître une architecture des corps évoluant dans l’immensité d’un espace cosmique qu’est tout simplement le plateau. Les figures de glaise se construisent et se déconstruisent selon le souffle des danseurs et de la déesse qui influe sur eux son énergie créatrice. Parfois des formes abstraites tendent vers une  géométrie structurale donnant une apparence moins humaine aux danseurs laissant place au mécanisme du geste.

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Au contraire, « Chute(s) »fait ressortir l’âme humaine à travers cette pièce. La musique qui l’accompagne est celle de Chopin. Elle va si bien avec la scène des pas dansés sur les lattes de bois dont la douceur rappelle un pas de deux. L’écriture du texte est d’une poésie qui fait référence à des personnages mythiques tel Icare. Raison d’être du titre « Chute(s) ». Structurée en plusieurs monologues féminins qui débute et finesse la représentation : le point crucial est le monologue placé au cœur de la pièce: un envol lyrique qui parle de l’Amour. Celle-ci déverse tous ses sentiments et sensations d’un ton si authentique à propos du rapport amoureux qui les unit. Suite à cette longue tirade, l’homme lui dit: « Je t’aime ». Apeurée par cette déclaration, la femme fuit pour seulement le retrouver des années plus tard lorsqu’elle frôle la folie et adopte une nervosité proche à celle d’une fourmilière. L’homme la ramène dans son foyer pour partager ensemble, chaque instant qui leur reste à vivre !

Le début de la pièce laisse une image forte qui n’est pas sans relation avec la mariée de Chagall. Un jeune homme sifflote comme assis sur de la paille tandis que la femme, débout de l’autre côté, tient un bouquet de fleurs tout fraichement cueillie. La mise en scène renforce cet effet d’une image forte. ainsi que la disposition de la salle. Le public est installé entre trois estrades, faites de lattes de bois, reparties de manière à former un triangle à travers  l’espace théâtral. Une installation peu habituelle qui met les spectateurs au cœur de l’action créant une forme de proximité entre le public et le couples de comédiens. Des lattes de bois sont placées au milieu ayant aussi la fonction d’espace de transition, telle des ponts qui les unissent, mais duquel l’on peut chuter! L’éclairage se fait de manière chaude et intime comme dans les tableaux de la Tour pour ce spectacle aussi beau visuellement que textuellement. Une version d’une heure dix sera proposée à la rentrée afin d’éblouir le public de nouveau!

Dans cette quête de l’autre et de l’amour, elle devient aussi une quête de soi. Ainsi l’amour se manifeste: l’attraction, l’attachement, l’attirance et l’envie d’un contact tactile ou non-tactile, les actes manqués, les gestes fusionnels, la fascination pour l’autre, puis la peur de le perdre, le transport et le transfert du comportement de l’un à l’autre qu’il s’agit des danseurs ou des comédiens aussi bien que le couple d’amoureux. Ainsi les protagonistes se confondent et s’unissent pour devenir un seul être. Il est vrai que face à l’autre, celui-ci se mute en une part de soi.

Ces thèmes sont abordés par ces deux genres opposés qui sont la danse et le théâtre. Dans ce cas précis, cela n’empêche pas que la danse soit théâtrale et que le théâtre soit dansé tout en respectant la spécificité de chaque style. Dès l’entrée des interprètes de « Triptico », ce qui frappe est la force expressive qui émane des interprètes. Ce qui en résulte, chaque pas et chaque geste est investi de sens. En d’autres termes, cette intensité dramatique, donnant du poids au moindre mouvement, les rapprochent d’une expressivité théâtrale comme celle de « Chute(s) ». A l’inverse, la pièce écrite est tout aussi visuelle. Les gestes ont un pouvoir évocateur aussi puissant que les mots. Cette mise en scène tend même vers des images Christiques. Il ne reste plus que deux jours pour apprécier cette fête théâtrale à Vitry, au festival : »Nous n’irons pas à Avignon » !

 

 

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